Création du team RaidsAventure.fr – Absolu

Hélène

J’étais triste quand le championnat du monde 2019 prévu au Sri Lanka a été annulé ( mais aussi j’étais contente car j’avais peur de me faire mordre par un python ou me faire écraser par un  troupeau d’éléphants, et ça m’aurait fait louper l’anniv de ma sœur ).
Finalement mon homme intègre l’équipe Absolu qui part en Croatie,  et comme je ne compte pas le laisser se faire des vacances  pénard je part en quête d’une équipe…
Juin : Ils sont chauds ils ont la patate, mais pas de féminine : 2 mails plus tard me voilà engagée avec 3 pommes Dauphines : Gaët Benoit et Batou.

Partager 3 jours d’aventure  Croate avec des gars que je connais pas…. et si ils aiment pas les blagues sur les Kiwis ? Et si je ne trouve pas ma place dans l’équipe ? Et si ils sont fans des textes de Aya Nakamura ?
Heureusement en juillet il y avait les 30ans du raid Gauloise pour faire connaissance.

Comme c’était juste pour s’entraîner ensemble et qu’on était quand même fatigués des championnats de France la semaine précédente, ben on est partis à bloc.
Grace à de la belle orientation, et de bons élastiques pour tracter ma personne, plus focus sur la bière que le VTT depuis une semaine, c’est une victoire.

Un barbeuc Briançonnais et une journée vtt trek plus tard je sais que : 

  • Gaëtan il part à bloc, même après un raid de 24h. Mais quand on est 8 dans un raft c’est cool de faire des pauses dans le pagayage. B
  • Batou il encourage ses équipières dans les descentes et quand il a une carte dans la main sa VMA passe à 25.
  • Benoit en vrai c’est Hulk, il est tout gentil et il devient tout vert si il sent qu’on est pas à fond (par exemple quand tu raconte des blagues à ta copine d’une autre équipe pendant qu’il te tracte…oupsy huhu). Il aime bien les blagues sur les kiwis.

Du coup quand j’arrive en Croatie je suis bien chaud patate moi aussi ! enfin venant de Toulouse je devrais dire chaude saucisse mais après on va dire que… tout ça…L’avant course c’est dans un super Eko lodge à Pakostane c’est un peu le paradis.

Je crois que ce sera l’ultime motivation tout au long de la course : rentrer le plus vite possible pour écraser les transats ! On prépare nos caisses de transition, on profite du buffet de malade gros lards, de la plage carte postale et on rigole un peu tout le temps.
Après ça je sais que : 

  • Gaëtan a piqué la Blédine de Zélie pour ses repas de raid et est champion de Croatie de Bombe 360°.
  • Benoit goûte l’intégralité de son ravito avant la course pour être sûr. Il a même pas mal quand son salto se termine par un gros plat.
  • Batou il est tellement cool qu’il offre ses crèmes Mont blanc, et il trouve ça drôle de cacher ses lunettes de soleil dans son slip.

Départ 500m + canoë 32 km

On laisse Gaëtan partir à bloc pour choisir les deux meilleurs canoë. Il les trouve. Ça tombe trop bien ils sont étiquetés 25, comme notre numéro d’équipe !

Ça démarre fort, un quatuor de tête se détache rapidement, devant nous, on s’épuise au début à essayer de se planquer dans des vagues d’équipe plus rapides, ça nous permet de prendre un bon départ, après plus de 2h de pagayage fractionné on  lâche les aspirations et trouve notre rythme, Batou et Gaët nous accrochent Benoit et moi . C’est long et il fait chaud mais on est contents d’être bien situés, le canoë n’est pas le point fort de notre équipe, sortir 6e de cette section était inespéré. On apprendra plus tard par l’équipe Absolu qui nous talonne sur l’épreuve qu’on était suivi par un dauphin.

Trek 1 – 40km Cagnard

Un trek de 9h, magnifique, technique. On trouve notre rythme , Batou n’aime pas trop les départs sous la chaleur et a mal au ventre. Il est soutenu dans l’effort par Ben la machine. Pour les passages techniques, nombreux, c’est son truc, il met du beau rythme et m’aide à poser le pied. On passe tout un moment de la section avec l’équipe Absolu, je suis contente de partager quelques sentiers avec mon homme.

Du coup Batou voit l’agilité de Sab dans les cailloux et demande à changer de féminine. Heureusement,  je me suis rattrapée sur mon interprétation de « vent frais vent du matin ». Ben est le sherpa mulet relanceur de la section, (du raid ?) Il recadre l’équipe et nous évite toute seconde inutilement perdue, nous incite à optimiser les arrêts…
avec du recul sur mes autres courses il est certain que cet effort permanent de gestion est en très grande partie responsable avec l’orientation de notre résultat sur cette course : ne s’arrêter que si c’est rentable : sommeil, soin des pieds, planter des fleurs.
Le rythme est bon tout en me permettant de ne pas être trop dans le rouge, et permet à Gaëtan de faire une orientation très propre. Parlons en de lui, sur cette section comme sur le reste de la course il est calme concentré, serein, il ne parle que pour nous annoncer avec précision ce qui va suivre, pour dire un truc drôle ou un truc gentil.
Bref c’est pas des raideurs en carton j’vous le dis.

Une des principales préoccupations de cet trek sera l’eau. On le réalise dès les premiers km. J’annonce avoir pris une bouteille de coca, on décide que ce sera notre champagne de la tombée de la nuit ! Sur les conseils de Camille, raideuse aguerrie cf ARWS Ecosse, j’ai aussi pris une flasque filtrante, je la conseille à tous les raideurs, j’ai bu dans des flaques avec ma flasque ( répète ça 10 fois ), pas eu de problème à part une ampoule ou deux mais pas sure qu’il y ait un rapport avec la flasque. Le coucher de soleil de ce trek sur fond d’archipel et de montagnes rougeoyantes sera un de nos (nombreux) meilleurs souvenirsde ce raid. A couper le souffle.

Gaët

VTT 1 – 64km

Il fait nuit depuis environ deux heures quand on arrive au TA. Les premiers, l’équipe Hoka avec Chiara, Matt, Jojo et Lio sont encore sur place, ce qui nous aide à faire une transition efficace : on est super bien placé.Un peu trop précipitée pour moi, j’oublie de prendre ma nourriture.Il me faut un peu de temps pour se mettre dans la carte, ce qui sur l’IGN français serait une petite route est ici parfois goudronné, parfois un sentier non carrossable. vigilance.La fraicheur de ce début de nuit a donné un peu de force à notre Baptiste, mais la journée a été éprouvante pour lui et il commence à accuser le coup. Ben s’en occupe, ce que je délègue volontiers pour rester dans la carte. Après quelques kilomètre on arrive au pied de la difficulté principale de la section, un col. Je pointe les premières frontales à moins de 30 minutes, au dessus.
Hélène, vigilante, propose une pause sieste car Bat commence à vraiment souffrir. On se pose 15min où il dormira. Ben est frustré de ne pas pouvoir accrocher le rythme des équipes devant qui est vraiment accessible. 
On prend soin de nous, la route est encore longue et ça va revenir.On poursuit péniblement notre ascension en mode « petit train », les uns derrière les autres relié par les système de traction. Le « tire minette » n’a jamais aussi mal porté son nom tant Hélène à mis les watts à l’avant du cortège.
Après cette trop longue bavante, on bascule enfin. Autour de 1000m, il fait frais et on ne s’habille pas tout de suite pour éviter de s’endormir. On croise les Tchèques qui font la sieste et ne sont pas monté plus vite que nous.La section est encore longue mais roulante et on termine, surpris d’être 3ème à seulement 30min des copains de Hoka. Les suédois, second, sont encore là.

Trek 2 – 25km

La section s’annonce superbe avec de beaux postes-à-poste hors sentier et une belle carto.
Après une transition un peu « traine les pieds » à mon goût, on part sur un bon rythme et on rattrape assez vite les Suédois avant le premier poste sur un petit sommet. Le jour se lève, mais il y a un peu de vent et surtout on est dans le brouillard par moments. On est bien sous la gore-tex.Baptiste à l’air de revivre un peu, ça fait plaisir au moral des troupes. Je me régale à naviguer entre les petits reliefs et la végétation mal dessinée ou fausse sur la carte.Après un bonne grimpée dans la forêt on rejoint un crête qui n’est pas du tout roulante, on se croirait sur les lapiaz du Vercors. C’est sympa mais on avance pas vite. On arrive finalement au sommet, second poste.
Le prochain est loin, et on a 1000m de descente hors sentier pour le rejoindre. Je reste le nez collé à la boussole et vise les zones de relief caractéristique. On profite d’un beau petit col sur la descendre pour calculer la suite. Une fois dans la vallée, je fait jouer l’instinct chasseur/cueilleur pour trouver les sentes et le vieux sentier qui nous emmènera au poste. La génétique à l’air de fonctionner et nous arrivons facilement à destination.

Ben ne manque pas de rappeler qu’on s’apprête alors à attaquer la balise « tricky » dixit le brief. Une grotte.
Hélène qui tente de détendre l’atmosphère en proposant un jeu doit le remettre à plus tard. Bon capitaine ce Ben.
L’approche est en effet pas évidente, et ce n’est pas une simple grotte mais un énorme gouffre sans fond, assez effrayant. (cave mamet)

On enchaine rapidement sur la dernière longue descente vers un bout de natation qui s’annonce agréable : on a chaud maintenant.
En arrivant proche d’une route, on croise un spectateur :

– And here comes the French team !

– Are the first teams far away ?

– But,… you are the first team ! Swedish are 2 minutes behind tell the tracker. »

– Heu…..

Cool ! heu …. merde, faut pas trainer !Juste après la route on se retrouve à chercher un bout de trace qui n’existe pas dans des buissons impénétrables. Je guide au mieux l’équipe dans ce labyrinthe végétal jusqu’à la rivière et on en sort plutôt bien. Il existait un autre choix, plus long mais par la route, à considérer plus souvent.Nous voilà enfin à la rivière qu’il faut traverser. Perturbé par la présence de l’équipe média on manque le sentier de descente, laissant l’opportunité à nos poursuivant, donc les Suédois, de nous dépasser.Après ce bout de brasse, on serre les dents sur la longue piste plate en bord de rivière pour embarquer sur le canoë avec les leader. On part sur l’eau juste après eux mais trop entamés pour prendre leur vague.

Ben

Canoë 2 – 20km

La première partie de la section se fait dans des gorges assez larges mais plutôt jolies ce qui rend la section un peu moins monotone (humour). Il doit être 14h, nous sommes donc en plein cagnard. La tentation de se laisser dériver et faire une sieste est très forte…mais non pas question il faut avancer ! Il faut rester vigilant et bien respecter le balisage du chenal sous peine de se retrouver dans 30 cms d’eau et un paquet d’algues sur la pagaie. C’est la section la plus difficile pour moi. L’envie de dormir est très très grande. On pagaie comme on peut avec Hélène mais le rythme n’est pas bien rapide. La miss pique parfois du nez et la pagaie fait plus office de ventilateur que de moteur :-).  On se retourne et on ne voit plus le bateau de Gaët et Batou. On les attends et on s’accroche. Batou n’a pas résister au dodo.Une fois la mer atteinte il nous reste environ 8 kms à faire en ligne droite…Nous apercevons les Suédois au loin et l’écart semble grandir. Hélène me propose un jeu de devinette. En général je ne suis pas trop fan de blabla et préfère rester concentré sur mon effort et notre progression mais là, la situation semble idéale pour se sortir de notre état léthargique. Le principe est simple je pense à un truc et Hélène me pose des questions pour deviner ce que c’est. Au début je prends des objets simples qui sont dans mon champs de vision…ce qui est bien trop facile…mais je finirai par lui donner du file à retordre avec…un siège de canoë ! Passionnant !Nous voilà à la transition. Les suédois nous ont mis 13 mins. Pas si pire. On fait une transition moyenne et je m’aperçois que j’ai oublié une chaussure à la transition précédente…tant pis pas de baskets sèches ! Les copains d’Hoka et les tchèques arrivent peu de temps après. Il est temps de filer.

Trek 3 – 15km

Le début du trek se fait dans un lit de rivière asséché. Tous les rochers sont recouverts d’une sorte de limon donnant une impression de moelleux quand nous posons le pied dessus. La chaleur est encore bien présente et les organismes souffrent. Nous escaladons quelques cascades pour atteindre le poste avant d’attaquer un bon raidar dré dans l’pentu !
Batou souffre de la chaleur. Une mini pause et nous repartons. Nous ne trouvons pas le passage idéal pour franchir la végétation et nous voyons les Tchèques nous dépasser à la balise suivante. Il va falloir trouver de l’eau car nous sommes bientôt à sec. Nous continuons notre cheminement et finissons par trouver au milieu de toutes ces maisons abandonnées un couple qui nous offre l’eau de leur puit. Ouf on est reparti.Le rythme n’est pas celui espéré mais on avance c’est le principal. Peu de temps avant la tombée de la nuit nous sommes rattrapés par nos futurs compagnons de route : les copains de Hoka. Cette rencontre rebooste notre Batou et nous filons maintenant à une bonne allure. Nous vous passerons les détails de la rencontre haute en décibels d’Hélène et Chiara…nos oreilles s’en souviennent encore ! La fin du trek est une formalité et nous arrivons à la transition où les Suédois sont en train de dormir.

Batou

VTT 2 – 73km

Après une transition « on dormira plus tard », c’est un départ groupé avec Hoka. Petites hésitations au départ, puis on trouve notre rythme à 8, sans trainer pour autant. Discussions sur le dodo à venir, on opte pour une pause collective de 1h à une balise avant la mi-section. Un peu longue pour certains, mais tout le monde repart requinqué. On vient de faire notre gros dodo de la course. Elle est encore longue, et cette sieste nous sera bénéfique pour la suite.
Deux équipes nous ont dépassées dans notre sommeil, les Suédois et les Tchèques.
La suite de la section est assez monotone avec de longues pistes à remonter, et une longue section de route. La fatigue guette, les yeux se ferment tout seuls, ce qui me vaudra de passer par dessus une clôture, et le vélo par dessus la tête ! Chiara passe à 2 doigts de la même sanction juste derrière moi. Shot d’adrénaline pure ! D’autres optent pour du plus classique en se mettant la tête dans une fontaine.
NB : ma techniques des devinettes permet de maintenir du monde en éveil, c’est (presque) imparable ! On fait toujours cause commune avec Hoka, et l’entente est excellente. C’est plus efficace de se réveiller mutuellement à 8. Dernière balise en aller-retour sur un single qui réveille les muscles avant la grosse remontée de la section sur un vieux chemin, et la fin sur une route plus fréquentée par les 40tonnes que par les VTT.

Gaët

Trek 4 – 22km

Après une transition désagréable car très ventée, nous attaquons le 3ème des longs trek sauvages identifiés au traçage. La première montée est longue. Je lutte contre le sommeil à l’avant du groupe, au côté de Matt qui lui à l’air très bien. A l’approche du premier poste on repère des frontales : une équipe n’est pas loin devant.Baptiste et Hélène ne sont pas les plus rapide du groupe, je redoute de devoir laisser filer nos copains.Mais ils n’ont pas l’air si pressé et nous voilà parti, avec les premières lueurs du jour, direction le gros morceau : un sommet puis un monstrueux poste à poste hors sentier et technique.On choisi l’option « trait rouge », on débusque une équipe de Suédois et un gros sanglier.

Régale d’orienteur

Batou

On essaye de faire le trou avant la balise, manque de bol c’est totalement à découvert et on est visibles à des km. D’autant plus que c’est la confusion dans les ruines et les orties autour de la balise, et que les suédois en profitent pour repasser devant. On ne lâche pas, et on finit la section en courant comme des kenyans et en coupant tous les virages possibles. On retrouve les vélos avant les Suédois.
En tête à nouveau, qu’est ce qu’on fait ? on reste à 8 ? La décision s’impose toute seule: on se sent bien, le moral est au beau fixe , nos 2 orienteurs assurent…tant qu’on peut, on reste ensemble.

VTT 3 – 45km

Transition express, on repart devant remontés comme des pendules. La piste s’y prête bien, on roule à 30 à l’heure, à faire passer un troupeau de buffles pour des teletubies sur des tricycles. On sait que les Suédois sont plus forts en vélo et qu’on doit tout donner. Les autres ne laissent rien transparaitre, mais pour ma part je commence à me faire des films sur une fin de course en apothéose. Je laisse ça de coté et reste dans la course à la faveur d’un bout de single type « chemin de vaches dans les prés » très sympa. Ce qui arrive le sera encore plus. Après une pause boisson dans une auge de ferme, on arrive à THE baliz du raid. Un trou énorme avec un point d’eau au fond. Évidemment l’orga a mis la balise de l’autre coté, et on doit se prendre les 4 en photos avec. C’est partie pour une petite baignade et une franche partie de rigolade à jouer les crapauds. Il fait chaud et ça tombe à point nommé.

Le niveau monte d’un cran quand Chiara se met à crier en se rhabillant « Ahhhhhh, ahhhh, enlève moi la sangsue du (censuré), ahhh « .
Mythique !
On remonte à nos vélos encore morts de rire. On croise les suédois qui doivent se demander ce qui nous arrive. Retour à la réalité, on a perdu un peu de temps malgré notre partie de manivelles. On repart aussi sec. Le poste suivant est hésitant, et on voit les suédois revenir. Rebelote, on envoie du steak en barre sur la vieille piste en montagnes russes. Arrivé dans la ville, hésitation à nouveau pour trouver l’entrée du stade, je demande à une vieille qui me répond à coté de la plaque, et on se fait griller la politesse en passant le portail. 
CO 4kmOn avait décidé de faire une transition baskets seulement, et de manger après la CO. On repart logiquement avant les Suédois qui font le choix inverse. Montée sèche et raide pour arriver derrière les remparts de la forteresse. Avec Open street map dans les mains, difficile de jouer les experts. On tourne en rond à chercher une trace inexistante, pour finir par revenir en arrière et surprendre les suédois manger leur lyoph en marchant tranquillement. Ils rangent ça fissa, et nous on prend un coup sur la tête après avoir espéré faire le trou sur cette section. On joue finalement à cache-cache, à chat perché et à faire la chenille en même temps, à 12 dans la forteresse. Avec Matt on s’arrête faire les courses dans une épicerie en tentant le record du monde des courses express avec le plus de glaces et de canettes de coca possible dans les bras. On doit être au moins podium, surtout si on ajoute à ça les 4 RedBull qu’on a porté jusqu’à l’arrivée sans y toucher. 

VTT 4 – 41km

Comme attendu, les Suédois repartent aussi vite, car ont déjà eu leur sandwich/coca. Ça traine à 8 et je booste les troupes. La section suivante est ultra roulante, on mangera autant que besoin sur le vélo. En haut du pétard initial, je connecte mes synapses et réalise que j’aurai dû penser à ce que j’avais à faire avant de pousser tout le monde pour aller chasser du renne. J’ai oublié ma longe de via pour la section suivante qui fait partie du « matériel obligatoire mais qu’on n’est pas obligé de prendre » (oui, c’est du croate !). Discussion rapide conclue par « on verra à la transition ». Donc c’est reparti pour une jolie partie de manivelles, avec un D+ frôlant les 2 chiffres sur les 35 km restants. Ceux qui des cannes font le yoyo pour ramener ceux qui se font progressivement distancer. Ca carbure bien à 8, toujours en suivant Gaët et Math qui orientent comme des chefs.

Arrivée sans encombres en fin de journée à la transition via ferrata, les Suédois sont déjà repartis. 

Via 5km

On passe sur la section via fet à la limite du hors-jeu grâce à une partie de buissonnage. Matt et moi faisons les sangliers déboussolés  pour trouver l’accès alors que les filles nous ramènent à la raison. On chipote pas mal mais on y arrive juste à la tombée de la nuit. Rien de difficile mais le cadre au-dessus des gorges est très sympa dans cette ambiance semi-nocturne puis nocturne. La vision des frontales des suédois qui nous paraissent à des kilomètres nous annonce que c’est loin d’être fini.

Hélène

Gaëtan calcule qu’on est pas sorti de la falaise avant une bonne heure…  à moins qu’il y ait une faille à exploiter… Au sens propre ! Matt par en reco comme un cabri dans les cailloux… « ça paaaasse » Option sortie de falaise par une faille rocheuse située sous l’arrivée au lieu de la longer encore sur quelques km pour devoir revenir sur nos pas une foi en haut ! C’est pas suffisant pour coller les suédois qui ont pensé à mettre un jetpack dans leurs sacs à dos et sont encore une foi partis lorsque nous arrivons à la transition. L’option faille nous a cependant bien mis la banane. « you guys look so fresh »! nous dit la bénévole à la transition.

VTT 5 – 25km

C’est roulant quand on est sur la route. Tant mieux, ça grimpe. Mais plutôt monotone. Avec la fatigue on fait des écarts, pas très safe tout ça. Chiara trouve du raisin. Miam ! Les orienteurs nous annoncent qu’on va prendre une piste cyclable. Cool ça va rouler peinard ! On y arrive… Bon. Une piste cyclable en Croatie c’est comme une route mais avec 5 cm d’épaisseur de putain de petits graviers de merde dessus. Rien de tel avec un temps de réaction avoisinant les 4 secondes on dirait 8 enfants de maternelles à qui on aurait retiré les roulettes. Je serre tout ce que je peux dans les descentes et demande aux copains de rester derrière moi, j’ai peur de m’endormir et faire une sortie.

Batou

Trek – 18km

On arrive de nuit, les Suédois sont déjà repartis. Dernière occasion de se les faire, on le sait et dans tous les cas ce sera très difficile de les tenir derrière. Les transitions deviennent de moins en moins efficaces, sur celle-là on trainasse tous. On repart avec l’idée de dormir dès qu’on peut.

Au premier coin avec 3 brins d’herbe au milieu de toute cette caillasse, c’est parti pour 15min de sieste. On s’endort comme des enclumes. Réveil brutal, chacun se remotive. Après quelques minutes, je percute en voyant Matt sans son dossard. Je baisse la tête, et merde… Après vérif dans le sac, j’ai bien laissé le mien dans la caisse. Lui l’a laissé aussi à la transition.
Coup de bol, il le retrouve dans sa caisse vélo à la transition suivante, pas moi. 

Hélène

Sur ce trail comme depuis le début les orienteurs semblent inébranlables sur le plan du sommeil, ils discutent, se concertent, la carte semble les maintenir miraculeusement éveilles. Du côté des 6 autres équipiers que nous sommes, j’ai un fou rire tant on fait peine à voir : 60h de course, on joue podium d’une manche de coupe du monde et on a exactement la même dégaine qu’une troupe d’ivrogne après fermeture d’un bar. C’est le seul trail roulant du raid. Il faut oublier les échauffements et les ampoules qui pètent, et courir sur tous les plats et descentes si on veut avoir une chance de rattraper les premiers, et surtout éviter de se faire rattraper par nos poursuivant et maintenir nos 2 équipes soudées sur le podium. Car comme nous le répète Lionel à chaque moment de mou « on a les Chèques au cul  » hihi ! La pause sommeil m’a fait du bien je m’efforce de maintenir tout ça « groupir ».

Voilà à quoi la zone ressemble de jour, parait-il

Jojo mérite la médaille du mec capable d’avancer le plus efficacement en état de léthargie profonde. Régulièrement il continue de marcher mais en sur-place (ou dans les buissons). Une petite poussée entre les omoplates et le voilà reparti, déginguandé mais efficace ^^. Les devinettes fonctionnent très bien sur Chiara. Il faut toujours vérifier que tout le monde suit. Comme dirait Mathieu, à 4, on voit qu’on est au complet d’un coup d’oeil. Sur ce raid, je ne sais pas combien de fois on aura du compter jusqu’à 8. D’un coup on est 7. Je me retourne et discerne la lumiere ziagzagante de Ben la machine. Il accuse peut être le coup de 60h de motivation d’équipe et de tractage ? Il se remobilise vite avec quelques mots d’encouragement. Si même lui est en difficulté, ça va être dur de finir la nuit.
J’annonce la stratégie (imaginer la voix de quelqu’un de saoul) : « bon là, les gars, mois j’suis bien alors j’vous dit de courir et tout… mais dans 10 minutes,ptet jsrai pas bien, alors là faudra que çluilà qu’est bien dise aux ot’ qui sont pas bien que faut s’bouger le fion pour qu’on perde pas Matt et Gaet…
Quand à mon tour j’éclaire mes pieds, Lionel prend la relève. « allez on courre on lâche rien ! on a les chèques au cul !!  » 😉
Bientôt la fin de ce trek court mais qui doublé a un combat de boxe contre Morphée semble tellement long. Gaet et Math cherchent une sortie des bois pour retrouver la route.. 

Quiz !

Dans ce moment de doute où nos 2 orienteurs qui mènent nos équipes depuis plus de 2 jours se trouvent en difficulté, que faisons nous ?

  • A ) On regarde tous la carte, le terrain et l’union faisant la force, tous ensemble, nous parvenons à trouver la solution en 30 secondes ? 
  • B ) On laisse les orienteurs se reposer pendant que chacun part explorer les alentours à la recherche d’un passage ? 
  • D ) Chiara et moi-même nous saisissons de la carte et expliquons avec pédagogie à M et G qu’il suffisait de faire un Azimut  372 ° ? 
  • C ) On décide de se coucher comme des grosses quiches en attendant que nos orienteurs démerdent ?

10 minutes plus tard, M et G on trouvé la sortie et réveillent les 6 quiches. 
Arrivés à la transition, Le traceur nous annonce que les Suédois sont repartis 25 minutes plus tôt. Ils sont plus solides à vélo et avec la transition sont au mieux 45 min devant… faut rien lâcher mais l’objectif première place semble de plus en plus utopique. Maintenons notre podium, ya pas moyen qu’on se fasse recoller !

VTT – 55km

Il fait encore nuit, le jour se lève dans quelques heures.La dernière petite sieste a fait du bien, Math en revanche qui n’ pas dormi accuse bien le coup.Il confiera plus tard avoir un gros black out sur toute cette section ^^ Je me joint aux orienteurs à l’avant du groupe et on met une accélération progressive dans une grosse bosse. Arrivés en haut, les frontales des copains sont assez loin derrière. Je leur suggère de faire une micro-sieste. Ils s’exécutent. c’est pas grand chose mais ça réussit à Gaëtan qui parviendra à nous mener à la section suivante sans encombre si ce n’est une « erreur » de 10 minutes qui nous mène à un osais de figues, youpi. Chiara s’endort. Les devinettes ne marchent plus. Je réfléchis à une autre solution… je trouve :     -« Chiara les suédois ! je viens de les voir ils sont 200 m devant !  »     -Hein? vraiment ?  »     -non! mais si… ok ? ils sont 200 m devant, va leur mettre une pétée !  » Ma copine se prête au jeu, enfonce ses pédales et  lance une accélération qui manque de faire choir notre Gaêt  ^^. Elle retrouve sa lucidité et son coup de pédale ! Le soleil se lève. Tout le monde va mieux. Pas moi. ce sera mon pire moment de lutte . Mes premières vraies hallucinations. Des barbelés se dessinent sur mon chemin, quand ce n’est pas un gouffre qui se déchire sous mes roues, ou un fil electrique qui se tend.. Autant d’obstacles que mon cerveau invente pour que je m’arrête. je pile dans les descentes, mes copains manquent plusieurs fois de me rentrer dedans. C’est un beau sport. mais c’est idiot un peu quand même… dernière grosse bosse sur laquelle on peut faire une différence en restant tous sur les vélos… nouvelle hallu je pose le pied et traine derrière. Puis progressivement mes esprits reviennent.

Une belle dernière photo de groupe sur la dernière balise du raid avant d’avoir droit au deuxième et dernier joli single descendant de cette course et quelques montagnes russes pour rejoindre la dernière transition ! Ouf ! on rêvait de cette dernière section tant les cales auto et les selles de vélo nous brûlent. Ces sections VTT caillasse auront été éprouvantes ! On en aura écoulé du bepanthen et du talc !

Gaët

Fin 1km + 14km Canoë 

Plus d’espoir de rattraper nos petits scandinaves devant. On décide de faire 1h un peu vide, de se retourner pour vérifier qu’on a pas les Tchèques au cul et de finir plus tranquillement
La mer est belle mais le vent latéral ne nous facilite pas les choses. Chaque bateau à son rythme et parfois l’écart est grand entre nous. Je râle un peu car je pense avoir bien reconnu notre destination mais les copains devant ne prennent pas le meilleur cap et ne sont pas à portée de voix.
Nous n’avons pas nos poursuivant en visuel, on peux savourer notre podium partagé. Après avoir récupéré un chasuble sur la berge en amont pour notre Baptiste tête en l’air, on glisse dans la baie en direction du sable blanc.

C’était tellement bien qu’on y retourne en 2020 !