On va faire la Jukola comme on va faire un pèlerinage. Pour tous les pratiquants de la course d’orientation, la Scandinavie représente la terre-sainte, et la Jukola l’événement à faire une fois dans sa vie.

L’occasion m’a été donné d’y participer avec mon Club d’Annecy.

Jeudi, Aéroport d’Helsinki. Les loueurs de voitures commencent à en avoir marre de louer depuis le début de la journée des minibus pour ces étrangers qui vont tous au même endroit : L’est du pays, tout près de la frontière russe.

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Pour l’orienteur averti, c’est l’occasion de croiser les stars de la discipline qui viennent de l’Europe entière pour courir un relais.

La Finlande, c’est rigolo. Seules les autoroutes et nationales sont goudronnées, le reste c’est de la piste où la vitesse est limitée à 90 kmh. Du coup, on comprend mieux la dextérité des pilotes scandinaves.

Départ dans 45 minutes, faut pas trainer

Départ de la course dans 45 minutes, faut pas traîner

On prend possession quelques heures plus tard de notre maison louée en AirBnB. On est dans la maison typique, genre chalet en bois avec une petite pièce pour le sauna. Un lac entier pour nous, avec le ponton et la barque qui va bien. Royal. Enfin, ça aurait pu être royal si nous n’étions pas attaqués à tout moment par des millions de moustiques affamés. Une vraie galère, qui nous obligea à garder Jeans et vestes pendant tout le séjour.

Vendredi, on récupère les cartes d’entraînements, et c’est parti pour la découverte de ces fameux traits bleus qui couvrent une bonne partie des cartes locales : les marais.

Les reliefs doux, la forêt blanche qui bombarde bien, aucune végétation agressive qui raye les jambes, des marais qui passent globalement bien. On est vraiment bien à courir au milieu de ces grandes forêts de sapins. Et puis comme il y’a très peu de chemins et sentiers, on comprend pourquoi la course d’orientation vient d’ici, c’est un peu le moyen naturel de faire du sport.

la co, c'est booo

la co, c’est booo

A la fin de chaque entrainement, on se réfugie dans la voiture car les moustiques ne nous laissent pas une minute de répit. L’avantage des moustiques, c’est que grâce à eux, on limite les pauses de lecture de cartes en forêt.

 

Samedi, jour J. On se fait un dernier petit entrainement le matin avant d’aller dans l’Arena en fin d’après-midi.

La Jukola, c’est donc pour les hommes un relais de 7 personnes. Le premier relayeur part à 23 heures, le relais gagnant finis aux alentours de 6h 30 du matin. Pour les plus lents (la grande majorité), les derniers relayeurs partent en masse à 9 heures.

programme de la journée

programme de la nuit

Pour pimenter un peu la course, la météo nous sort le grand show ; grosse averses et de bonnes rafales nous accueillent. C’est donc trempés que l’on fait les 5 kilomètres qui nous séparent du parking à l’Arena. On essaye de monter tant bien que mal nos tentes pour la nuit, mais elles prennent la flotte en un rien de temps. Pour les autochtones, pas de soucis. Les enfants de 4 ans ne sont pas dérangés par cette marche d’approche, d’autres mangent dehors sous la pluie sans aucun soucis.

Nous, en tant que simple français, on se réfugie dans les tentes magasins. Ca tombe bien, il y’en a plein, et elles peuvent en contenir du monde (de la taille d’un gymnase)  On est vraiment dans une autre dimension.

 

23 heures. Pendant que les 1700 premiers relayeurs s’élancent sous la pluie, j’essaye de m’assoupir un peu. Pas facile de gérer un départ de course aux alentours de 2h30 du matin. Dois-je dormir, dois-je déjeuner ?

Je fais en effet le 3° relais, celui qui porte le doux nom de long-night.

1h30, je sors de la voiture ou on s’est tous réfugié, et pars sur l’aréna. La nuit est enfin là, il faut en profiter, car elle ne dure que 3 petites heures. Comme je suis un peu en avance, j’en profite pour regarder dans une tente magasin le direct télé, où je vois les premiers relayeurs se battre au milieu des marais.

2h30, Pierrick me donne le relais au milieu du peloton.  C’est enfin parti. Coté course, c’est un peu étrange. Entre les premiers relayeurs qui ont fait des interpostes plus ou moins identiques que nous, et tous ceux devant moi (environ 600 personnes), la forêt est vraiment marquée. L’orientation est donc moins pointue que prévue, mais le nombre important de postes sur zones demande toujours de la concentration. Par contre, courir de nuit, entouré de centaines de frontales, c’est vraiment magique. Et quel plaisir de pouvoir courir vite. On se force à courir à 17 km/h dès que l’on retrouve des chemins, presque 10 km/h en forêt, une chose impensable dans nos forêts alpines.

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Les passages de marais sont toujours sympas, même si certains passages de ruisseau impliquent de se mouiller les pieds, voire même les genoux. Bien-sûr, mon cahier des charges m’oblige à quelques erreurs, c’est donc 2 boulettes que je m’autorise pour une addition de 9 minutes. Malgré quelques bouchons sur les traces entre les balises, j’aurai doublé près d’une centaine de personnes.

 C'est rigolo tout ces traits bleus

C’est rigolo tout ces traits bleus

J’aurais aussi croisé une petite dizaines de postes caméras, 5 ravitaillements, des photographes…

Je mets pile 2 heures pour 17 km au compteur, la nuit ayant maintenant cédé sa place à l’orée du jour. Je donne le relais à Dominique en faisant l’exploit de ne pas bipper l’arrivée.

Normalement, c’est PM ! Mais comme les finlandais sont des gens cool, je passe dans la foulée devant un jury de course qui m’explique en anglais (enfin, ce que je crois comprendre, vu qu’à ce moment-là je suis un peu cramé, tout comme mon niveau en anglais) que toutes les arrivées sont filmées, et donc en leur donnant mon heure d’arrivée et ma place, ils pourront retrouver les images où je franchis l’arrivée. Ils me prennent également en photo pour pouvoir me reconnaître. Je leur offre pour l’occasion mon plus beau sourire boueux.

Il est 4h30 du mat. J’ai froid, je suis trempé. Mes affaires sèches sont dans la voiture 4 kilomètres plus loin, toujours sous la pluie, mais c’est avec le sourire aux lèvres que je file me coucher, avec des souvenirs de ma nuit finlandaise plein la tête.

Et voici ces images

La carte